Arrivée de Hollande à Chicago

Guerre des gangs !
dimanche 20 mai 2012
par  François DART
popularité : 27%

Pour résumer la particularité inédite du Sommet de l’OTAN qui se tiendra à Chicago les 20 et 21 mai, il suffit de rappeler que c’est, non seulement, la première fois en 13 ans que l’OTAN se réunit ailleurs qu’à Washington, mais aussi qu’avec la présence de 60 pays, c’est le plus important sommet jamais tenu par cette organisation. Et derrière ces deux éléments se cachent bien sûr des enjeux hors du commun.

Le Président Hollande se retrouve en pleine guerre des gangs à Chicago.

Pas celle qui oppose en coulisses la troisième ville des Etats-Unis et la Maison Blanche, ni celle qui la ravage du fait de la main mise des gangs et de la corruption, non. Celle des intêrets nationaux qui ont rarement été à ce point exacerbés pour une réunion de cette nature. 

Il va falloir en effet au nouveau représentant français compter avec l’animosité des Turcs qui ont beaucoup de mal à passer l’éponge sur l’affront de la loi sur le génocide arménien ;

avec un Premier ministre britannique déterminé à mettre au pas, pour le compte de son allié américain, une France qui veut se retirer trop vite d’Afghanistan ;

avec un pouvoir sous pression du Congrès qui voit d’un très mauvais oeil la vente historique d’armes à la Russie l’an dernier par son prédécesseur Sarkozy, surtout depuis que Poutine a fait un bras d’honneur à Obama en annonçant sa désertion du G8 pour une raison futile.

Et encore, ce n’est là que le plus gros des troupes, des mines anti-personnelles se retrouvant tout au long du parcours américain du nouveau président français. Il va falloir parler de la situation en Syrie, 

ISRAEL EXCLU DU SOMMET

Comme cela ne suffisait pas à faire de ce Sommet une foire d’empoigne en puissance, c’est une véritable guerre en coulisses qui se déroule depuis des mois entre Chicago et Washington et qui a atteint un nouveau pic ce vendredi. 

Le maire de Chicago, Rahm Emmanuel, ne décolère pas. L’ancien conseiller spécial de Bill Clinton de 1993 à 1998 puis Chef du Staff de Barack Obama à la Maison Blanche jusqu’à la fin 2010 a très mal pris l’annonce, vendredi, par le Secrétaire général de l’OTAN, Anders Fogh Rasmussen, qu’Israël ne sera pas convié au Sommet qui se tiendra ici les 20 et 21 mai prochains. Officiellement, la raison de cette absence tient au fait qu’Israël n’est pas membre des forces de la coalition qui sont actuellement en action au Kosovo et en Afghanistan. Mais il semble bien que l’organisation ait cédé aux pressions de la Turquie, qui menaçaient depuis plusieurs semaines de ne pas se rendre à Chicago si les représentants israéliens s’y trouvaient également. 

La tension est d’autant plus vive que le Rahm Emmanuel est l’un des hommes clés de la signature des Accords d’OSlo en 1993 - c’est lui qui est à l’origine de la célèbre poignée de main entre Rabin et Arafat sur la pelouse de la Maison Blanche - mais également un intime de longue date de l’actuel responsable de la campagne pour la réélection de Barack Obama en novembre 2012, le très influent conseiller politique lui aussi originaire de Chicago, David M. Axelrod, lequel fut même son témoin de mariage.

GUERRES INTERNES

Mais surtout, cette nouvelle crise entre Washington et Chicago vient s’ajouter au climat détestable qui s’est installé entre les deux villes depuis le départ de la Maison Blanche de Rahm Emmanuel, qui y était vivement critiqué pour son autoritarisme et qui avait été remplacé par Richard M. Daley, le très influent maire six fois élu de Chicago, surnommé le Boss, et qui n’a jamais cessé de tirer les ficelles depuis, dans une ville totalement sous la coupe de sa famille (son oncle détenait avant lui le record de longévité à la tête de la ville et avait été l’un des principaux artisans de la victoire douteuse de John-Fitzgerald Kennedy en 1961). C’est Richard M. Daley lui-même qui a torpillé l’organisation du Sommet du G8 qui devait se tenir à Chicago également, en convainquant le Président que Camp David serait mieux adapté aux rencontres entre les Chefs d’Etat.


Chicago se prépare à un Sommet de crise

 
Certains sont même allés jusqu’à remettre en cause, voilà deux mois, l’organisation du Sommet de l’Otan à Chicago, argant des risques posés par la convergence attendue de nombreux mouvements altermondialistes dans la ville et des risques posés pour la sécurité des représentations. Pas moins d’une dizaine de plans se sont succédés pour parvenir enfin à un dispositif jugé convenable pour cette ville très difficile à gérer sur le plan de la sécurité. Les services secrets sont désormais sur les dents et selon nos informations, une trentaine de scénarios différents ont été envisagés pour parer à tout risque d’attentat ou de désordres majeurs liés aux manifestations qui se préparent.

Mais il y a bien d’autres problèmes qui rendent le Sommet de l’Otan très périlleux. En effet, le Pakistan a fini par annoncer sa participation, alors même qu’une tension très vive s’est installée entre Islamabad et Washington. Un flux d’informations continu depuis des semaines a fait état des protections et des complicités dont Ben Laden et ses proches avaient bénéficié durant des années de la part des plus haut responsables pakistanais eu nez et à la barbe des Américains. Mais c’est surtout la question de l’usage des drones au-dessus du territoire pakistanais pour mener une campagne sur les zones tribales, de même ordre que celle que les Etats-Unis conduisent actuellement à un rythme très rapproché au-dessus du Yemen, qui provoque l’ire du président pakistanais Asif Ali Zardani. Il a fallu l’intervention personnelle de Barack Obama auprès de son homologue pour que la participation du Pakistan soit finalement actée ces derniers jours.

La France en ligne de mire pour ses ventes d’armes à la Russie

Comme s’il n’y suffisait pas, les esprits se sont enflammés ces dernières heures, dans la foulée de l’annonce de Poutin qui sera absent de Camp David, à la suite d’un rapport tout juste rendu public cette semaine par le Congrès et qui ne pouvait pas plus mal tomber. Celui-ci s’alarme des ventes d’armes par la France, l’Allemagne et l’Italie à la Russie, pour un volume sans précédent représentant plusieurs milliards de dollars. Le rapport met particulièrement en exergue le contrat signé entre la France et la Russie en Juin 2011, et qui suscite l’inquiétude vis à vis de la possibilité qu’il offre à Moscou de déployer ces Mistrals dans la zone cruciale de la mer Baltique, ce que plusieurs pays de l’OTAN considèrent comme une menace. Washington a tenté de bloquer ce contrat mais a dû finir par faire marche arrière. Le Mistral français, qui est le second navire le plus important de la flotte française, peut transporter 16 hélicoptères, 13 chars d’assaut, 4 barges de débarquement terrestre, des centaines de troupes de combat et un hôpital flottant pour 69 personnes. Le montant de cette transaction, 1,47 milliards de dollars, est le plus élevé des trois contrats passés par les trois pays européens et la livraison française est prévue pour 2014 à Moscou. Un dossier dont le nouveau Président François Hollande hérite dans un contexte déjà lourd pour les relations entre les deux pays. 

David Cameron se veut le "flingueur" de François Hollande, qui doit réinstaller l’indépendance de la France après Sarkozy

David Cameron reçoit Anders Fogh Rassmussen le 3 mai dernier à Londres
Mais évidemment, c’est le volet de l’Afghanistan que la plupart des difficultés vont se concentrer. On pouvait attendre d’un Nicolas Sarkozy réélu qu’il emboite sans sourciller le pas à Barack Obama sur son calendrier de retrait. La chose est moins évidente maintenant que François Hollande est à la manoeuvre. 

La position des Etats-Unis est connue. L’Administration Obama insiste pour que les membres de l’OTAN valident un plan à long terme selon lequel les Américains et les Européens apporteront dans les années à venir et aussi longtemps que nécessaire une assistance militaire, politique et économique à l’Afghanistan. De toutes évidences, le souci de Washington est d’éviter une désagrégation de l’entente entre les partenaires de l’OTAN lorsque 2013 marquera le basculement de l’état de guerre actuel à l’état de soutien des forces Afghanes. C’est pourquoi des envoyés spéciaux de Barack Obama se sont rendus à Paris cette semaine afin de jauger la détermination du nouveau pouvoir français de mettre un terme à sa présence en Afghanistan dès la fin de cette année. 

Mais ce ne sont pas les seules pressions qui sont en train de s’organiser contre la France. David Cameron joue lui-aussi un rôle très particulier, en lien avec Washington, pour se présenter à Chicago sur une ligne dure vis à vis de Paris. Il l’a promis à Barack Obama, il fera tout pour faire plier François Hollande et le conduire à sa rallier au calendrier américain

Les informations qui remontent à la Maison Blanche en provenance de Paris ne sont guère encourageantes.
 
Les émissaires d’Obama ne sont pas rentrés à Washington avec l’idée d’une inflexion de la nouvelle politique souhaitée par le Président Hollande.
L’heure est donc à la recherche de monnaies d’échange qui pourrait assouplir la situation entre les deux pays.
 
Le Président français devra de toute évidence réinstaller l’indépendance de la France après la période de collusion entretenue par son prédécesseur.

En attendant, jamais les conditions d’un échec spectaculaire d’une réunion de l’OTAN n’ont été autant réunies. Chicago, qui a déployé son système de missiles de défense autour de la ville entend bien faire entendre la voix de Rahm Emmanuel, lequel, en dépit des opérations de pilonnage de Richard M. Daley, a plusieurs atouts dans sa manche pour modifier le cours des choses.



Statistiques

Dernière mise à jour

dimanche 11 février 2018

Publication

1195 Articles
3 Albums photo
4 Brèves
30 Sites Web
9 Auteurs

Visites

19 aujourd’hui
16 hier
23840 depuis le début
1 visiteur actuellement connecté